Posté le 05.05.2008 par bloghardi
La domestication du feu par l’homme a été, pour son avenir, tout aussi révolutionnaire que l’invention de l’agriculture. Avec le feu l’homme pouvait se chauffer, faire cuire ses aliments, se protéger contre l’incursion des bêtes sauvages. Il augmentait ainsi son bien être, réduisait sa mortalité, et donc favorisait sa croissance démographique.
Pour faire du feu il faut un combustible ; jusqu’à la révolution industrielle, à la fin du 18ème siècle, ce combustible à été le bois. Ainsi la domestication du feu a conduit peu à peu à la disparition de la forêt primaire de nos régions tempérées et certainement d’une grande partie de la faune sauvage qui y trouvait refuge. Nos forêts ne sont même plus des vestiges de la forêt primaire, elles sont des créations nouvelles de l’homme : forêts mono spécifiques, forêts jardinées, la nature y est maîtrisée pour notre service.
Posté le 14.04.2008 par bloghardi
Sources d’énergie.
L’augmentation vertigineuse du prix du pétrole, et les perspectives de sa raréfaction prochaine ont poussé certains pays à développer la production de biocarburants à partir du palmier à huile, du soja, de la canne à sucre ou du maïs. Il en a résulté des défrichements nouveaux dans des écosystèmes déjà fortement sollicités comme la forêt tropicale humide Amazonienne, le Cerrado Brésilien, les forêts humides sur tourbières d’Asie du sud-est, ou même d’anciennes terres agricoles abandonnées.
Le sol et la biomasse constituant les plus grands réservoirs de stockage du carbone, le défrichement provoque la libération de CO2, soit par brûlis soit par décomposition de la matière organique végétale par les microorganismes. Le défrichage entraîne donc une « dette en carbone » (CO2 émis à la suite du défrichage) qui n’est malheureusement pas pris en compte dans la réduction des émissions de gaz à effets de serre due aux remplacement des carburants fossiles par les biocarburants.
Des chercheurs Américains (1) ont calculé le nombre d’années nécessaires à rembourser cette dette écologique (temps pendant lequel la production du biocarburant en remplacement des combustibles fossiles n’est d’aucun progrès quant à la réduction de l’émission des gaz à effets de serre).
Voici quelques chiffres qu’ils donnent :
Culture du palmier à huile pour produire du biodièsel en remplacement de forêts humides sur tourbières en Asie du Sud-Est : 423 ans.
Culture du soja pour produire du biodiésel en forêt tropicale humide Amazonienne, durée du remboursement de la dette écologique : 319 ans.
Culture de la canne à sucre pour produire de l’éthanol sur le Cerrado Brésilien, durée de remboursement de la dette écologique : 17 ans.
Culture du maïs pour produire de l’éthanol sur ancienne terre en friche aux Etats Unis, durée du remboursement de la dette écologique 48 ans.
On constate que ces cultures destinées à produire un biocarburant, restent très contestables du point de vue écologique.
(1) J. Fargione et al., Science vol.319 pp. 1235 1237, 2008
Il n’y aura pas de billet Lundi 21 et Lundi 27 Avril prochains.
Posté le 07.04.2008 par bloghardi
Nous venons de consacrer une semaine au développement durable. Chaque ville a organisé, avec plus ou moins de talent, toutes sortes de manifestations pour inciter les adultes et surtout les enfants à prendre conscience de la fragilité du milieu vivant qui nous entoure et à faire le geste qui préserve la nature. C’est bien !
Mais nous devons avoir à l’esprit que ce que nous faisons ne peut servir que d’exemple, d’incitation pour tous les autres pays qui ne feront rien ou très peu pour la sauvegarde de la planète.
Nous représentons en effet un centième de la population mondiale, notre industrie de base (la plus polluante) a disparu, nos industries de transformation sont allées ailleurs avec la mondialisation, nos dépenses énergétiques sont essentiellement liées au transport car nous sommes le pays au monde qui a le plus développé l’énergie nucléaire et, de ce fait, nos émissions de gaz à effet de serre pour obtenir de l’électricité sont faibles.
Que les associations qui veulent nous culpabiliser aient d’abord le courage d’invectiver les pays qui ignorent le développement durable.
Posté le 31.03.2008 par bloghardi
J’ai eu un très long commentaire d’un de mes lecteurs qui a réagit, sans doute, à mes deux derniers billets et n’a pas essayé de remonter plus en amont dans sa lecture pour comprendre quel est le fil conducteur de mon blog.
Je rappellerai donc que ce bloc se veut en premier lieu une promotion du livre « Environnement l’hypothèque démographique » (Editions de l’Harmattan collection Biologie, Ecologie, Agronomie, voir aussi billet du 24 décembre 2007) qui établit bien la responsabilité majeure de la dégradation de l’environnement de notre planète à la croissance incessante de la population humaine. Je suis entièrement d’accord avec ce lecteur pour dire qu’il s’agit d’un sujet sensible (bien que la situation semble évoluer) dont-il est difficile de faire état tant il est antinomique aux courants de pensée actuels (notamment économiques).
Des extraits de ce livre constituent la trame de ce blog.
Mais il ne pouvait être que cela et j’y ai ajouté aussi, au fil de mes lectures, une réflexion sur les progrès de la biologie (et notamment sur les développements de la théorie de l’évolution) en soulignant les incidences qu’ils devraient avoir sur notre vision de l’être humain.
Enfin j’apporte des informations nouvelles, tirées de la bibliographie, sur les problèmes environnementaux afin que le lecteur qui s’intéresse à ces questions puisse avoir des données récentes et solides sur le sujet.
Un blog peut aussi vagabonder et je ne m’exclue aucune évasion.
Posté le 24.03.2008 par bloghardi
Dérive au hasard.
Dans mon billet du 25 février dernier je m’étonnais que la recherche française ait été si peu présente dans le perfectionnement de la théorie de l’évolution qui s’est fait tout le long du 20ème siècle. En fait elle a été presque totalement absente de la révolution génétique qui a eu lieu à la même époque.
Ce n’était pas une question d’argent, comme a pu dire un de mes lecteurs, mais une question de choix et aussi de retard de notre appareil d’enseignement et de recherche.
Question de choix : nous avons privilégié les recherches sur les sciences humaines (anthropologie, sciences sociales, sciences politiques, économie etc.) qui sont des sciences molles, non basées sur l’expérimentation ; dans lesquelles, à partir de quelques observations on peut faire des théories lumineuses, pas nécessairement vraies. Nos journaux font très souvent appel aux spécialistes des sciences humaines, ils ont tant de choses à dire ; mais ce qu’ils disent est bien souvent fugace !
En même temps la biologie devenait une science dure à l’égal de la physique ou à de la chimie grâce au succès des recherches en génétique et aux progrès de la biochimie. Tout cela s’est fait, aux Etats-Unis, en Angleterre et au Japon.
Retard de notre appareil d’enseignement et de recherche : En 1963, une seule faculté Française enseignait la génétique moderne, c’était la faculté des sciences de Jussieux (la Halle aux vins) à Paris ; les autres en étaient restées aux lois de Mendel. Y avait-il au CNRS un laboratoire qui s’intéressait à la génétique ? Je n’en ai jamais entendu parler. Ce n’est que l’Institut Pasteur qui nous a permis de ne pas être totalement absents du développement de la génétique moderne avec le prix Nobel attribué à F. Jacob, A. Lwoff et J. Monod pour leur découverte sur la régulation du fonctionnement du gène.
Posté le 17.03.2008 par bloghardi
Retour sur le commerce et les échanges.
Nous perdons conscience de l’agression croissante que la fonction commerciale exerce sur le milieu naturel tant nous apprécions les facilités qu’elle imagine pour nous inciter à l’achat. Pour s’en persuader, voyons comment a évolué le lieu où s’exposent les marchandises.
Il y a d’abord eu, chez les plus vieilles communautés humaines, l’espace naturel affecté aux échanges puis au commerce. Ces prémisses, peu agressive pour l’environnement, ont subsisté d’ailleurs jusqu’à nos jours avec nos marchés de plein air. Les marchandises y sont présentées non abritées ou sommairement abritées, il n’y a pas de constructions sur un marché de plein air et quand il s’achève, l’espace redevient naturel.
L’artisan, qui fabrique un objet, ne peut se satisfaire d’une exposition temporaire de celui-ci ; son atelier va devenir vite un magasin où l’acheteur trouvera en permanence le produit que l’on y fabrique. Ici la construction n’est plus utilisée pour l’habitat mais pour la réalisation d’une opération économique.
Nouvelle progression vers la spécialisation, le magasin n’est plus le lieu où l’on crée et où l’on vend mais uniquement le lieu où l’on vend. Le commerçant y présente les produits qu’il a achetés et qu’il veut vendre. C’est un local où les marchandises ne font que passer et qui a été construit à cet unique effet.
Au début du siècle dernier, au centre des grandes villes, là où confluent les transports en commun on a construit les grands magasins. Dans ces cathédrales commerciales on peut tout acheter, le nécessaire et le superflu.
Ces premiers pas vers le gigantisme se sont amplifiés à partir des années 70 avec le développement, à la périphérie des villes, des hypermarchés grâce aux facilités de déplacement liées à l’automobile.
Ces grandes surfaces, du fait de la concurrence, prolifèrent aujourd’hui. Elles constituent des espaces bétonnés énormes, elles sont entourées de parcs de stationnement tout aussi vastes avec des sols imperméabilisés sur lesquels la végétation a été longtemps exclue. Si l’on ajoute à cela les pollutions liées à l’utilisation des véhicules à moteur qui sont indispensables pour s’y rendre, on est en présence d’un système totalement anti-écologique.
En deux millénaires, les besoins de l’économie humaine ont écrasé les nécessités environnementales.
Posté le 10.03.2008 par bloghardi
Ecologie des villes.
L’urbanisation étant un phénomène majeur et croissant de nos sociétés (actuellement 50% de la population mondiale se rassemble dans les villes et on prévoit, en 2030, 60%), il était normal que les écologistes s’intéressent aux effets que ces regroupements produisent sur l’environnement.
Un article de la revue Américaine Science (1) fait le point précisément des effets écologiques de cette urbanisation galopante, voici quelques points importants à retenir.
- « Les habitants des villes dépendent de la production et des capacités assimilatrices de l’écosystème situé bien au-delà des limites de la ville. L’empreinte écologique est de 10 à 100 fois celle de la surface occupée par la ville pour produire le flux d’énergie, de biens matériels et non matériel, pour assurer le bien être de ses habitants »
- « L’expansion de la ville accroît la fragmentation de l’espace. La densification peut entraîner, paradoxalement, un développement des résidences secondaires au voisinage des limites de l’espace urbain ».
- « Les villes sont des sources importantes d’émission de gaz à effets de serre et des points d’accumulation d’azote de phosphore et de métaux.».
- « Les villes constituent un exemple anthropogénique de modification du climat. L’élévation des températures à leur voisinage est connue sous l’expression d’île chaude urbaine. Elle résulte de l’imperméabilisation des surfaces (faible réflexion des radiations solaires, forte capacité d’accumulation de la chaleur), d’une évapotranspiration réduite du fait de l’absence de végétation (l’évaporation d’un liquide est endothermique).
- « L’eau est intimement liée à la vie urbaine pour les usages domestiques, industriels, pour le maintien de l’état sanitaire et la protection des catastrophes naturelles. Le développement de la ville se fait en modifiant complètement les systèmes hydriques naturels (imperméabilisation, accumulation des polluants, contaminations des rivières et des lacs quand aucun système de traitement des eaux usées n’existe) ce qui crée un syndrome aquatique urbain : les eaux qui en sont issues, présentent souvent une faible biodiversité, une forte teneur en éléments nutritifs, une faible efficacité de rétention alimentaire, et souvent une production primaire élevée (celle des organismes photosynthétiques) ».
- « L’urbanisation réduit la richesse en espèces, et uniformise la plupart des communautés biotiques ».
Ainsi le rassemblement de l’espèce humaine dans les villes concentre les pollutions et modifie entièrement le milieu écologique urbain sans que l’espace environnant soit entièrement épargné ; imaginez ce que peut-être l’impact d’une mégapole (plus de 10 millions d’habitant) sur son aire d’influence.
(1) N. B. Grimm et al. Science 5864, p. 756-760, (2008).
Posté le 25.02.2008 par bloghardi
Je suis en train de lire le dernier livre de Stephen Jay Gould : « La structure de la théorie de l’évolution » Gallimard (2002). C’est un énorme volume (2033 pages). S’il se veut la justification de l’apport de Jay Gould à la théorie de l’évolution, c’est aussi un historique particulièrement fouillé de l’édification de cette théorie depuis Darwin en passant par la synthèse moderne, jusqu’aux ajouts les plus récents. Le livre est important, bien écrit, malheureusement peu accessible à celui qui n’a pas une base suffisante en biologie.
Mais si je signale ce livre, c’est pour m’étonner de l’inexistence de la recherche française sur ce sujet pendant tout le 20ème siècle. Même de nos jours, les publications françaises y sont rares.
Le sujet serait-il tabou ? Il est pourtant fondamental lorsque l’on s’interroge sur les origines de l’être humain ?
Nous avons eu au 19ème siècle un précurseur : le Chevalier de Lamarck. Sa théorie était erronée, mais elle a lancé la réflexion et c’est là un grand mérite. A cette époque, nous comptions beaucoup en biologie.
Il n’y aura pas de billet Lundi 3 Mars prochain.
Posté le 18.02.2008 par bloghardi
La forêt Amazonienne.
Nous entendons dire quelquefois que cette forêt Amazonienne est en danger, y a-t-il des données sérieuses qui permettent de se faire une idée précise de ce qui se passe là-bas. Quelles pourront en être les conséquences ?
Les données que je reprends ici sont tirées d’un article (1) paru dans la revue Américaine Science du 11 janvier dernier.
La forêt Amazonienne couvre 5,4 millions de km2 (10 fois la surface de la France) 62% de cette surface se trouve au Brésil. Elle abrite ¼ des espèces terrestres et fournit 15% de la photosynthèse terrestre. L’évaporation et la condensation sur l’Amazonie constituent un des moteurs de la circulation atmosphérique globale.
Depuis 2001, 837 000 km2 de cette forêt ont été éliminés (1,5 fois la surface de la France) au rythme moyen de 25 000 km2 par an du fait de l’expansion de l’élevage et de la culture du soja.
Grossièrement, 6% du territoire déboisé reste cultivé, 62% est maintenu en pâturage, et 32% retourne en friche. Mais l’action néfaste de l’activité humaine va au-delà de la déforestation, elle inclus le bûcheronnage, la chasse, l’écobuage, les incendies.
La forêt Amazonienne contribue par son activité photosynthétique à la fixation du carbone (puits de carbone) mais surtout elle intervient dans le recyclage de l’eau. Les racines des arbres pompent continuellement l’eau du sol et par évapotranspiration au niveau des feuilles, cette eau est rejetée dans l’atmosphère sous forme de vapeur qui se condensera à son tour en pluie. La perte à grande échelle de surface boisée va réduire la pluviométrie et l’aridité devrait affecter peu à peu les zones où la déforestation est la plus intensive.
A partir de modèles mathématiques, on prévoit que la probabilité d’une intensification modérée des saisons sèches est de 80% au sud-est de l’Amazone et des Guyanes, 70% à l’est, 60% au centre et 30% à l’ouest. Mais les probabilités d’intensification fortes à très fortes de l’aridité, dans les mêmes zones, restent elles aussi, très élevées.
Les auteurs de l’article font des propositions pour éviter un désastre écologique ; on peut noter que leur plan ignore la cause essentielle de cette situation : l’expansion incessante de la population humaine.
(1) Yadvinder Malhi et al., Science 319, 169, 2008
Posté le 11.02.2008 par bloghardi
La monnaie qui d’objet concret est devenu concept tant elle est maintenant immatérielle, a besoin d’un refuge comme pour une personne. Ce refuge est la banque.
Les banques ont prospéré. Elles sont partout, leurs filiales sont présentes dans chaque grande ville, leurs officines occupent parfois des rues entières et l’on mesure les dégâts écologiques que ces implantations entraînent : surfaces bétonnées confisquées à l’espace naturel, consommation d’énergie, câblages pour les liaisons interbancaires, etc.
Ainsi pour favoriser l’activité économique il faut d’abord construire un univers matériel à son médiateur alors que, paradoxalement, il représente bien peu de chose quant à sa réalité physique.